39 Rue Victor Schoelcher,
BP 50169 97300 Cayenne

Transformé pour servir !

+594 594 25 64 26 -
e-Mail : secretariatmissadv@gmail.com

A votre service

lundi-mardi-jeudi 08:30–14:00
mercredi-vendredi 08:30–13:00

Fermé - Samedi-Dimanche

L’idéal du couple

 

Par Corina Matei | Mission Adventiste de la Guyane

J’ai récemment regardé une émission de télévision dans laquelle les invités, parmi lesquels des professeurs et des psychothérapeutes, interrogés sur l’idéal féminin dans le monde contemporain, exprimaient des opinions qui me semblaient étranges : un tel idéal ne serait plus décelable ou n’aurait plus de raison d’être, aujourd’hui…

J’avoue avoir eu du mal à comprendre un tel avis, mais je le mettrais sur le compte du désir des invités de donner une réponse rapide et, pour cette raison, moins réfléchie. Cet épisode m’a toutefois incité à me remémorer des souvenirs et des réflexions qui, je l’espère, seront utiles au lecteur.

L’homme : malade de l’utopie ?

La nature humaine désigne les éléments qui caractérisent en permanence tout être humain psychologiquement normal, quels que soient le lieu et le moment de sa naissance. Parmi ces éléments, il y a la prédisposition à façonner et à fixer des idéaux pour sa vie, qu’il s’agisse du bonheur, de la réussite professionnelle, de l’accomplissement d’une vocation, du salut de l’âme, etc. Une personne qui grandit ne peut s’empêcher de penser à l’avenir et, à partir de sa perception des réalités environnantes, de projeter une vie meilleure en termes de réalisation de ses idéaux dans un avenir plus ou moins proche. Et, même si la nature humaine continue à se transformer à travers les âges et les civilisations, on ne peut pas prévoir, du moins pour l’instant, que les hommes cesseront d’avoir des idéaux.

Cela ne signifie pas que nous sommes, par construction, irréalistes, rêveurs incurables ou toujours insatisfaits du monde réel et présent. C’est pourtant ce que font les humains dans leur quête de sens existentiel : ils prennent une « étoile polaire » comme point de repère et s’en servent pour s’orienter, comme des navigateurs. Il s’oriente également en fonction de ce qu’il considère comme désirable, et non pas seulement en fonction de la seule considération du présent. C’est ce dernier aspect (parmi d’autres) qui les distingue du règne animal, qui ne manifeste pas ces capacités d’anticipation et de prescription.

L’idéal du couple est également pérenne dans l’univers mental et affectif de l’homme, quelles qu’en soient les formes et les évolutions : depuis la mélancolie originelle d’Adam qui, seul parmi les créatures, a ressenti le désir d’une compagne ; jusqu’à la forme refoulée mais implicite de cet idéal chez les eunuques, dont le Christ déclare qu’ils ont délibérément choisi de vivre seuls, pour servir Dieu (Matthieu 19,12).

L’enfant esquisse les premiers traits de cet idéal, dans son imagination, en fonction de la relation de ses parents, grands-parents et/ou autres personnes proches, qu’il observe directement. Parfois, les traits sont formés par la réaction de recul face à ce qu’il n’approuve pas et qui ne lui semble pas souhaitable dans la vie de ceux qui l’entourent. Ils ajoutent ensuite des éléments culturels, générés par l’élargissement de leurs connaissances, à partir de films, de livres, de dessins animés, de jeux vidéo, de musique, etc. En grandissant, divers ingrédients s’entremêlent dans l’image du couple idéal auquel ils aspirent : les opinions de ceux qu’ils apprécient, la vie de ceux qui deviennent des exemples vivants de réussite, mais aussi l’influence imperceptible de la mentalité de l’époque, les valeurs de leur propre classe sociale, les règles de la communauté à laquelle ils appartiennent, etc.

Ainsi, l’image du couple idéal que se font les jeunes célibataires peut être très différente, en fonction de la « composition » qui s’est faite au fil du temps : une chose est d’envisager la vie de couple à partir de l’histoire présentée dans Love Story [1], une autre est d’utiliser l’histoire dePaul et Virginie [2], une autre encore est d’utiliser l’histoire de Roméo et Juliette. L’attente, la patience, la fidélité se présentent différemment selon le référentiel que l’on choisit. Vous verrez ces vertus différemment si vous regardez Ulysse et Pénélope, les personnages d’Homère, le roman Vous aimez Brahms ? [3], ou le film Pretty Woman.

Il faut donc faire attention aux ingrédients que l’on ajoute à la recette du couple idéal, car ces ingrédients vont influencer notre façon de voir le monde, notre façon d’affronter la vie et notre façon de rechercher le bonheur !

L’idéal mondain

De même que la solitude d’un chrétien parmi les gens n’est pas la même que celle des non-croyants, son idéal de couple — à cause duquel il est souvent seul — ne peut pas non plus être similaire à celui de l’individu séculier. Alors que l’enfant de Dieu porte sa solitude avec dignité et sacrifice, avec retenue et souffrance, la personne du monde dit qu’elle est « entre deux relations ».

Dans notre société, nous rencontrons souvent la mentalité selon laquelle une personne seule est coupable d’être seule. Qu’il s’agisse de femmes/filles ou d’hommes/garçons, les gens les considèrent avec suspicion précisément parce qu’ils étaient seuls. On leur reproche même leur lenteur à se marier, à avoir des enfants, à « scier avant de récolter », à exaucer le vœu de mort de certains parents par un mariage, après quoi ces derniers pourront mourir en paix, etc.

Cette pression sociale, le plus souvent d’origine rurale, se traduit parfois par des erreurs et des choix malheureux de la part des personnes ainsi « bousculées », qui renoncent à leur idéal pour faire plaisir à leurs proches, s’insérer dans le monde et devenir des personnes plus « importantes ». Les personnes seules bousculées se sentent moins respectées pour ce qu’elles sont en elles-mêmes. L’attitude de leur entourage leur faisait comprendre que leur réussite professionnelle, leur esprit ou leur travail, leur talent, leur capacité à parler couramment plusieurs langues, leur créativité, etc. ne servaient à rien s’ils étaient célibataires. Ils ont même été abusés, soit par des personnes enfreignant diverses règles de politesse, soit par d’autres personnes abusant d’eux au travail ou dans d’autres contextes sociaux (lors de vacances, de congés, de promotions, de voyages en groupe, etc.)

L’idéal chrétien du couple diffère, par nature, de son homologue détenu par une personne qui ne s’interroge pas sur la transcendance et sa relation avec elle. C’est pourquoi un chrétien authentique devra slalomer entre les conseils et les philosophies de vie offerts par ceux qui ont une mentalité mondaine, même si le monde a leur meilleur intérêt à cœur. Je me souviens avec déception, même aujourd’hui, quelque 30 ans plus tard, du « conseil » bienveillant et secret que l’honorable épouse d’un professeur d’université a donné à une adolescente : « Chérie, toute ma vie, j’ai veillé à ce que, lorsqu’il s’agit d’hommes, j’aie un plan A et plusieurs plans de secours. Rappelle-toi ce qu’il faut faire pour bien faire : un plan A et des plans de secours !

Viennent ensuite les spécialistes de la thérapie de couple qui, selon les différentes écoles de psychologie auxquelles ils adhèrent, donnent des conseils professionnels parfois absurdes, trahissant des crédos de vie qu’il faut prendre comme tels, sans esprit critique : “Pour comprendre la relation conjugale, il est important de reconnaître chaque phase de développement, avec ses crises typiques et normales. C’est d’ailleurs à travers ces luttes pour trouver des solutions appropriées que la relation conjugale est maintenue en vie” [4] Ainsi, selon ce stoïcisme “scientifique”, les crises sont normales et même bénéfiques, pour maintenir le mariage en vie !

La culture universelle détourne également les idées reçues, qui nous présentent des images sombres ou ridicules du mariage. Prenons par exemple le dicton suivant : “Le mariage est comme une forteresse : les étrangers veulent y entrer et les étrangers veulent en sortir”.

De plus, il arrive parfois que des conseils peu judicieux viennent précisément de personnes proches de nous et qui ont une vision chrétienne, fruit de leur longue expérience dans une relation dysfonctionnelle : “Fais en sorte qu’il/elle ne sache pas tout ce que tu fais, laisse un peu de mystère ici et là…” ; “Oh, l’amour vient plus tard, après le mariage” ; “Tu dois toujours avoir un peu d’argent pour toi, de l’argent qu’il/elle ne connaît pas” ; “Si tu as un problème avec lui/elle, viens d’abord me voir. Après tout, tu es mon enfant.”

Si quelqu’un demande ce qui ne va pas avec ces concepts, cela signifie que la vie leur a rogné les ailes et que leur idéal de couple a échoué comme l’ange de l’histoire écrite par Gabriel García Márquez, qu’un paysan avait attrapé dans le parc à oiseaux, selon le critère ornithologique qui veut que l’ange ait lui aussi des plumes.

L’idéal chrétien

La Bible recèle aussi des perles de sagesse concernant l’idéal de l’amour, de la vie à deux. Depuis mon enfance, je garde précieusement l’exhortation suivante : “Ne laissez pas le soleil se coucher quand vous êtes encore en colère” (Ephésiens 4:26) : “Ne laissez pas le soleil se coucher tant que vous êtes en colère” (Ephésiens 4,26). En effet, tout malentendu qui vieillit se renforce et s’amplifie. Je n’ai rencontré cette exhortation nulle part ailleurs. Un autre principe d’or, qui enseigne comment éviter l’égoïsme : “Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir” (Actes 20:35). La Bible montre que l’égoïsme est la seule forme d’amour suicidaire, qui s’étouffe lui-même et éloigne ceux qui auraient pu vous aimer. Le Cantique des Cantiques nous conseille également avec sagesse : “N’éveillez pas l’amour, ne le réveillez pas avant qu’il ne le veuille” (Cantique des Cantiques 2,7).

Cette dernière exhortation montre comment nous devons nous situer par rapport à l’idéal du couple, dans une perspective chrétienne. Elle doit former, dans nos esprits et nos âmes, comme une trame des critères essentiels pour un partenaire de vie qui plairait à Dieu et à nous. Ce partenaire doit apparaître au moment choisi par Lui, et non par nous. Souvent, ce cadre ne comprend même pas beaucoup d’aspects positifs, de qualités, mais plutôt des critères d’exclusion. C’est parce qu’il est plus facile pour nous, dans un monde précaire, de savoir ce que nous ne voulons pas plutôt que ce que nous voulons. En outre, la Providence ne peut jouer en notre faveur que si le “cadre” en question n’est pas chargé de détails puérils et imprudents (“je veux qu’il ait les yeux verts”, “je veux qu’il soit grand”, etc.), ou de délais restrictifs (“je dois me marier à 25 ans”).

La façon la plus fréquente de se tromper en éveillant l’amour, en le forçant à venir, est de choisir la voie mystique des signes indubitables et des révélations, qui ne proviennent que de l’orgueil de se considérer comme spécial, ou ayant des mérites spéciaux. Cela ne veut pas dire que les miracles ne se produisent pas parfois. Beaucoup d’entre nous ont été témoins de miracles, mais ils ne sont pas produits à notre demande orgueilleuse, parce que les demandes orgueilleuses n’ont tout simplement pas de destinataire : il n’y a pas de Dieu des orgueilleux.

Un chrétien authentique finira par comprendre que même s’il est propriétaire de sa vie, il n’a pas et ne peut pas avoir la compétence pour la diriger. Par conséquent, s’il confie sa vie entre ses mains le plus tôt possible, il gagnera du temps, voire des décennies. S’ils ne le considèrent pas seulement comme un conseiller ou un copilote dans leur voyage à travers le monde, mais comme le Seigneur de leur vie, ils pourront s’attendre à des miracles à chaque étape et même les détecter. Sinon, même si des performances cosmiques se produisaient sous leurs yeux, ils ne remarqueraient rien et ne trouveraient pas de joie dans l’avenir qui leur a été donné.

Les chrétiens célibataires pourront jouir de ce que la route sur laquelle ils marchent leur offre, et ils atteindront la consolation de savoir que Dieu les connaît mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes. Ils sauront alors que ce qui leur arrive poursuit leur plus grand bien, même s’ils ne comprennent pas comment cela se produit et si cela ne se produit pas selon leurs attentes. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils deviennent vraiment spéciaux, car c’est seulement à Ses yeux que nous sommes spéciaux, pas aux yeux du monde, ni aux nôtres.

Le rôle que l’idéal du couple peut jouer dans nos vies est un rôle d’ordonnateur de toute l’existence terrestre, car l’immense majorité des gens veulent être heureux ici, sur cette terre, à travers l’amour vécu au sein d’un couple. C’est pourquoi il est si important de savoir ce que nous incluons exactement dans cette image du couple dans laquelle nous nous projetons. C’est pourquoi un couple n’est viable que si nous le confions à la Divinité pour qu’elle le recherche. De plus, il existe un rôle social plus large du couple idéal et, par implication, de la famille : la formation de la société, dans la mesure où “la société est composée de familles et est ce que les chefs de famille en font”.

Il y a une différence visible entre un homme seul et mondain et un enfant de Dieu seul : le premier devient dysfonctionnel, se sent lésé, en veut au Ciel, s’éloigne des gens, s’assombrit ou abandonne son équilibre moral. Il oscille entre ce que j’appelle la vanité et la désolation : soit l’inflation de faits et gestes sans succès, soit le renoncement paralysant à toute initiative. En revanche, les seconds affichent sans effort une sérénité d’être, un état d’esprit calme et équilibré de réconciliation avec ce qu’il leur est donné de vivre, que ce soit de façon parfois difficile ou héroïque.

J’ai rencontré des personnes merveilleuses, qui dégageaient une certaine dignité et discrétion de leur vie vécue dans la solitude, mais pas dans la solitude, parce qu’elles avaient Lui au centre de leur vie. Même lorsque nous ne parlions pas d’idéaux, je pouvais déceler la beauté de leur idéal d’amour dans toute leur attitude face au monde et à la vie, dans leur sourire, dans la douceur de l’attente, dans leur façon de parler, de regarder, de rire ou de pleurer. Si vous les rencontrez, interrogez-les sur l’idéal qu’ils portent, discrètement, en eux. En le révélant, ils rendront peut-être le monde plus beau.


Corina Matei est professeur associé à la faculté des sciences de la communication et des relations internationales de l’université “Titu Maiorescu”.

More Articles